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Souvenirs, émotions, la vie et ses aléas, ses joies ses peines

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LE BLED

   DEPART

Réveil 5 heures, café, rassemblement et attente
De nouveau les camions viennent pour cette fois, nous emmener à la gare
Il est maintenant Neuf heures et Il fait plein soleil

le train est en formation et sur le quai, les voyageurs s'affairent comme dans toutes les gares. Nous sommes accueillis très amicalement, alors qu'avec tout notre paquetages , sacs et valises nous allons encombrer. Mais c'est autant de sécurité en plus, cette troupe qui arrive avec armes et bagages. Devant la motrice il y a un wagon, bas, vide mais avec des emplacements de combat fait avec des sacs de sable, c'est lui qui normalement devrait sauter s'il y avait une mine de posée sur la voie. Il y a derrière un wagon ouvert avec des militaires décontractés, c'est l'escorte du convoi en cas d'attaque. Le parcours est ouvert tous les matins avant que le train parte, par une patrouille qui vérifie qu'il n'y a pas d'obstacles déposés sur les rails, pas de mines. Ces hommes vont d'une gare à une autre à bord d'une draisine, d'autres prennent le relais et assurent ainsi la sécurité de la ligne.

La campagne est très belle de beaux vergers, et beaucoup d'oliviers, magnifiques paysages sous ce soleil ardent, un peu de Normandie, de la forêt, des djebels, des parties désertiques,  des petites gares aux noms évocateurs : Duvivier, Laverdure, Montesquieu, clairfontaine, une attente importante à Souk-Ahras, alors vite la chasse à l'eau fraîche pour remplir les bidons.

Nous avions laissé nos accompagnateurs à Marseille, et à Bone ce sont des militaires de nos régiments qui nous ont pris en compte, le teint hâlé, mais pas le bronzage des estivants, une couleur pruneau, beaucoup portent une moustache à la Taras Boulba, chapeau de brousse et cheiche. Ce dernier sert à de multiples usages, il éponge la sueur qui coule du cou, on s'en entoure le visage en cas de tempête de sable, ce qui permet de respirer à travers, et entouré autour du ventre , ,ça évite les ennuis intestinaux,les nuits sont toujours froides sur le matin .

Nous sommes partis ce matin et il va être 17 heures, ça semble long, car ce train s'arrête à toutes les gares. Elles sont toutes, sécurisées par des murs de protection montés avec des sacs de sable. Des meurtrières, avec des postes de combat et généralement sur le toit, un mirador dans lequel une sentinelle veille, à côté d'un gros projecteur, qui la nuit éclaire les alentours. Le drapeau tricolore domine le tout. 

Cela commence à s'animer, la voie longe maintenant des campements de tentes bien alignées, du matériel, des camions des jeeps. Des militaires insouciants et sportifs disputent un match de foot ball et les spectateurs portent le béret rouge des paras coloniaux

Le vent s'est levé et soulève de la poussière, nous arrivons à destination à n'en pas douter, il fait gris, le sol est caillouteux, en décor du djebel, ça me donne une impression de bout du monde, c'est Tebessa où nous rejoignons la base arrière du 6éme régiment de Cuirassiers.

Débarquement et regroupement place de la gare, enfin des camions arrivent, on charge nos bagages, mais pas nous. En place pour un défilé pour rejoindre notre cantonnement. En tenue de combat, casques, arme à la bretelle, c'est une troupe qui traverse la ville au pas cadencé. C'est probablement pour rassurer la population psychologiquement, < encore de nouvelles troupes qui arrivent en renfort .

 Après 6 jours de voyages ( pas de garde pour moi cette nuit ) pour d'autres collègues, oui et avec des consignes: il doit passer dans la nuit une patrouille de paras dans le bas de la rue< n'allez pas les allumer >

nous avons été hébergés dans d'anciennes écuries à mulets
Je me suis endormi quand un peu de fraicheur est arrivée

Mais réveillé dans le courant de la nuit par de petites pattes
qui couraient sur le visage
j'avais beau les chasser ça revenait
Un peu léger pour des rats, un peu lourd pour des araignées,
j'ai pensé à des mulots, mais il faisait noir
je ne voyais rien
J'enfouissais le visage sous la couverture 
Mais en très peu de temps je ne pouvais plus respirer
j'ai du redécouvrir mon visage
Je me suis endormi à nouveau jusqu'au matin vaincu par la fatigue,
probablement que la sarabande a continué
mais je ne m'en suis plus aperçu
 

La matinée se passe en revue de paquetage, on m'a attribué un gilet de peau de mouton, un peu étonnant pour le pays, mais je suis affecté à Cheria, c'est à 40 km et, dans la montagne, enfin un plateau, entre les Aurès, les Nemenchas et les monts de Tebessa, probablement que l'hiver y est rude. Ceux qui vont en base arrière sont déjà partis, ainsi que ceux qui rejoignent les escadrons dans la région d'El ma el Abiod. Nous devons nous intégrer au convoi qui se forme sur la route de Constantine, et c'est dans un camion baché, mais possédant des plaques blindés sur les ridelles de côté que nous venons nous ranger à la suite d'autres véhicules, c'est quand même du sérieux car la cabine possède, une tourelle, avec un fusil mitrailleur et un servant qui pour l'instant fume sa cigarette tranquillement.

Les véhicules viennent se ranger les uns derrière les autres, il y a quelques voitures civiles, des camionnettes de commerçants arabes, un petit autobus citroën, comme ceux que j'empruntais quand j'étais commercial, pour visiter des clients de Lillers, Aire sur la lys. Il était chargé au maximum et un tas de paquets sur la galerie de toit. J'apprends que pour gagner Cheria il faut un convoi sécurisé à cause du danger d'attaque sur le parcours. Justement nous n'allons pas tarder à partir car la jeep de l'officier responsable double la file pour aller se placer en tête, et à sa suite deux blindés autos mitrailleuse à tourelle armée d'un petit canon,  et des half tracks avec leur personnel de combat, C'est ceux que j'avais vus en passant se préparer à l'ombre du mur d'enceinte.

Il en est de même en fin de convoi, tous les moteurs tournent au ralenti, les ordres radio fusent, nous partons.

 

 

 

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