ADAPTATION A MA NOUVELLE VIE
la place de Cheria avec le puits on distingue au fond un poste de garde ( occupé même dans la journée )
Je dépose ma carte dans la boite aux lettres, mais je ne sais pas quand elle partira. Car c'est en fonction des transports. Le courrier part lors des convois pour Tebessa et ce n'est pas régulier, car c'est en fonction des besoins, ça nécessite la reconnaissance du terrain, l'ouverture de col, la surveillance jusqu'au retour. C'est arrivé que les maquisards avaient monté une embuscade afin d'anéantir le groupe chargé de cette ouverture, les services du renseignement ayant été prévenus et c'est une opération qui a été montée afin de déjouer ce piège.
Le courrier part et arrive également quand il y a une liaison par hélicoptère.
A côté de la boite il y a une liste de noms et j'y vois le mien, c'est pour la garde de la nuit prochaine, je lis < au mirador de 20h à 22h >, on est de garde deux heures toutes les deux nuits pour un des trois postes : la tour, le mirador ou l'entrée, c'est par rotation de postes et d'horaires, les meilleujrs étant le premier et le dernier, c'est à dire de 18h à 20 h et de 4h à 6h, il y a un poste aussi surveillant la rue au bâtiment des transmissions mais celui là ce sont les gars des trans qui l'assurent.
Il faut fournir ausi par alternance avec les autres unités un poste de garde sur la terrasse de la gendarmerie et un pour la SAS ( service des affaires spéciales )
Je sors du bâtiment, à ma droite c'est la sortie vers le village avec un poste de garde qui surveille la rue, en le longeant et donc à l'arrière il y a cette tour avec un étage, elle est destinée à la surveillance de la plaine en face et un mur en construction vient renforcer le réseau de fils barbelés. Je vois ce mirador au dessus des toits de ces habitations réquisitionnées qui sont devenus ce cantonnement. Au lieu de prendre la rue pour me rendre au P.C je prends par une série de cours qui débouchent sur le mess, bar des sous of, les cuisines, l'infirmerie et enfin j'arrive par ce dédale à l'école coranique où sont installés les services du commandement;
Un porche et l'on débouche dans une cour dallée et autour en rectangle, les maisons occupées par le colonel commandant le secteur, le mess des officiers, le service psychologique, le service du renseignement et enfin le secrétariat où je me présente.
Un adjudant que ce connaissais déjà à ce poste était responsable de ce bureau où je me présentais, le personnel était composé d'un bricard chef( brigadier chef) d'un secrétaire, et d'un dactylo. J'étais donc le troisième et l'on me confia le courrier à enregistrer.
les copains du PC à agauche Bouch.... moi et le bricart chef Lev..
Le troisième Cout.. n'est pas avec nous, il est assez spécial et j'ai l'impression que mon arrivée dans ce cercle d'amis lui a provoqué un peu de jalousie, il est relativement piquant dans un humour à retardement et avec moi ça passe mal. Il a un défaut de langage et peut être qu'il se doute que l'on en rit derrière son dos. Il n'arrive pas à prononcer les noms correctement, je suis Friscot au lieu de Fricot, Level est Levegue et Bouchez est Bouley, mais à part ça c'est un garçon sérieux, du reste il ne vient que pour taper le courrier,et repart à une autre tâche ensuite. C'est pareil pour moi, après mon travail à ce bureau, je dois aller me mettre à la disposition du Lieutenant médecin.
Dans la cour il y a aussi Delb... le secrétaire du lieutenant du service de renseignements qui vient discuter avec nous dans les moments de pause. Il y a aussi Toch... un fils de colon qui vient pour les interrogatoires comme interprête et < le grand > ordonnance et cuisinier du colonel, sans oublier < barbu > le petit chien batardé Fox qui a sa place dans le bar du mess officiers, mais également dans le lit du grand et il ne fait pas de difference avec celui du colon
le grand à la porte du mess/bar des officiers
Officiers, sous officiers et la troupe se servent à la même cuisine. La difference est que pour le mess officiers comme pour celui des sous officiers, ils ont à leur disposition un cuisinier qui va chercher les rations ( bien sûr que les cuistots vont leur donner les meilleurs morceaux ) et ils sont arrangés ensuite et améliorés, avec les cotisations de ces bénéficiaires.
Pour la troupe si l'on veut on peut cotiser également pour une portion de lapin que des copains cuisinent à la piaule et que l'on se partage.
Question enregistrement du courrier, ça n'a pas traîné. Le secrétaire m'a passé le registre, mais ma méthode de travail ne lui convenait pas. Employé de banque, il s'appliquait avec de belles accolades, des passages soulignés à la règle, il a donc repris son cahier fissa et l'on m'a confié une autre tâche.
Interessante, mais avec une certaine responsabilité. Je recevais du matin la consommation carburants et huiles des escadrons et postes de la responsabilité du secteur, ce qui représentait une dizaine de messages, il s'agissait de mettre à jour les quantités de leurs réserves, de centraliser dans un message global, que je portais aux< trans > à passer pour le SAT ( le secteur autonome de Tébessa )
Rsponsabilité car s'il fallait organiser un convoi, avec escorte et ouverture de route, pour ravitailler un poste en carburant Hélico, alors que le cuve était pleine et que c'est celle pour le carburant chars qui en avait besoin, ça aurait posé de sérieux problèmes.
Cette tâche terminée je devais rejoindre l'infirmerie pour seconder le médecin, mais avant, j'avais le temps de faire un tour dans le village, j'achetais à un étal une succulente galette au miel à 0.50 Fr et je rentrais au café maure déguster un excellent cawa à 0.50 Fr, j'achetais un paquet de cigarettes tunisiennes des < surfines > à 0.70 fr. Je n'appréciais pas trop les cigarettes fabriquées en Algérie, Mélia ou Bastos que je trouvais trop acres
SERVICE DU TOUBIB
La mechta où est installée l'infirmerie est bâtie autour d'une cour, on y pénêtre par une porte basse et de suite à gauche dans ce bâtiment il y a quelques lits superposés pour des malades et des blessés légers,la construction en longueur possède plusieurs pièces séparées, logement des deux médecins, celui du 6ème cuir et celui du RIA, la pièce pour la consultation et pour l'administration et enfin une pièce pour les soins par les infirmiers et le couchage de celui de permanence.
C'est un infirmier de la SIM (section infirmiers militaires ) qui possède son diplôme du CADUCEE, un Normand, ancien ouvrier agricole qui s'était engagé dans les paras ( bien qu'il prétende qu'il y a été appelé, ce que je ne crois pas ) toujours est-il qu'il a refusé de sauter. Quand ça arrive, ce sont des brimades constantes et si la situation n'évolue pas, ils sont virés des paras, et c'est comme ça qu'il s'est retrouvé à la section infirmiers et a du travailler afin d'obtenir ses diplômes et a été affecté dans ce service.
Je suis donc là pour seconder le médecin des Cuirs et j'ai un collègue Trec.. qui est de l'infanterie alpine pour le secrétariat du médecin de cette unité.
Les médecins sont des lieutenants qui doivent effectuer 15 ans dans l'armée, car leurs études ont été payées dans ces conditions, il devraient rembouser s'ils quittaient, ils sont donc là par obligation.
CHERIA LA GENDARMERIE
ATTAQUE DE NUIT
Cheria la gendarmerie, sur la terrasse un poste de garde la nuit
Tout était calme, je contemplais le village endormi, par ci par là un chien aboyaitSoudain,
plusieurs détonations
Les rebelles tiraient à l’arme automatique, je ripostais dans la direction des départs de feux
La garde est montée en renfort, ainsi que les gendarmes sortis de leur sommeil
J’ai vu une grande flamme devant mes yeux
Et senti des petits bouts de ciment du sol en cliquetis sur mon casque lourd
C’était ma première attaque, je ne comprenais pas, pensant à une grenade.
C’était une balle, du fusil mitrailleur d’un gendarme, qui était partie
Par défaut de la procédure de sécurité de son arme.
Tout s'est calmé et le silence est revenu.
A la fin, le chef de poste est venu constater, il y avait une excavation
Dans le ciment à 20 cm de mes pieds
J’ai échappé à la mort cette nuit là
La garde se prenait alternativement par toutes les unitiés stationnées à Cheria, car les gendarmes étaient peu nombreux, ils y résidaient avec leur famille, étant sous officiers, ne prenaient pas ces obligations. L'hiver le couvre feux étant à 18 h, le premier tour se prenait à 20 heures, c'est un camion qui dans la nuit nous conduisait, on ne voyait pas grand chose, ce n'est que virages et changements de vitesses qui pouvaient nous renseigner, car le douar était désert.
Le camion s'arrêtait devant la grille, nous descendions et il repartait. Le chef de poste sonnait,
Un gendarme entreouvrait la porte demandait le mot de passe et venait ouvrir la gille qui était cadenassée. Tout les volets de fer étaient fermés à tous les étages. Derriére nous la porte était vérouillée et deux poutres entrecroisées en assurait l'inviolabilité, une véritable forteresse. Nous montions au troisième étage où une pièce était réservée pour le poste de garde.
Pas de lits, le couchage des nattes, comme oreiller un sac de sable, je n'avais jamais expérimenté ce genre de choses. Cela isole du sol et du froid du carrelage, ce n'est pas confortable mais acceptable.
Pour prendre mon poste de 22h à 24, on devait monter à l'étage supérieur, et par une petite porte pénétrer sur la terrasse. On dominait le village endormi et comme il faisait très froid, je recevais un peu de chaleur qui montait par les cheminées des appartements des gendarmes. C'était du chauffage au bois, et on entendait les conversations, sans comprendre, mais ça tient compagnie, on se sent moins seul.
Plus de bruit la soirée prend fin alors il ne me reste plus qu'à faire les cent pas , le tour de la terrasse et voir que tout est calme.
Les chiens aboient, c'est un signe. Normalement on dit: les chiens aboient la caravane passe. Ici c'est le contraire, quand il se prépare une attaque, un harcèlement, j parce qu'un groupe rebelle doit passer pour gagner la montagne, la nuit est étrangement pesante, pas un bruit, pas un aboiement.
Je peux rentrer à l'intérieur pour avoir moins froid et attendre que le temps passe. Il y a des sacs de sable installés dans un coin de ce palier, je ne suis donc pas le premier à utiliser cette banquette improvisée. Ce qu'il faut c'est ne pas s'endormir, si quelqu'un montait pour vérifier, il fallait l'entendre arriver et sortir reprendre la surveillance.
En aspirant une bouffée de la cigarette, ça fait rougir le bout et ça permet assez de lumière pour consulter la montre, le temps ne passe pas vite quand on est seul éveillé dans la nuit. C'est avec soulagement que l'on entend monter celui qui vient remplacer, il arrive encore tout embué de sommeil, les consignes sont vite passées, tout est calme R A S, je peux descendre cet escalier afin de retrouver la chambrée où tout le monde dort.
Voilà ma natte, j'y avais laissé mon sac et une couverture. On ne peut pas dire que c'est confortable, mais ça isole bien du froid du carrelage, et le sac de sable pour oreiller, c'est dur et pas maléable Pour s'endormir par contre, impossible avec les pieds aussi glacés. La meilleure solution est d'enlever le gilet de peau de mouton et d'en entourer les pieds. Au bout d'un certain temps la chaleur s'installe, on peut alors le remettre sur soi et s'endormir pour le reste de la nuit.
A condition que sur la trentaine de postes de garde, il n'y ait pas une sentinelle qui décide pour s'amuser de tirer, car ça peut déclencher un tir général de toutes les autres. Sur quoi ? sur rien. Le bruit d'un galop de cheval dans la nuit suffit.
Le matin à 6 heures le camion vient nous chercher, et c'est par les rues désertes que nous traversons le douar pour rejoindre notre cantonnement, ballotés lors de ces nombreux virages au rythme de ces multiples changements de vitesses, il faut néanmoins ce tenir prèt à gicler et à riposter, au cas ou à la sortie d'un virage on aurait essuyé des coups de feu ou un jet de grenade.
Mais tout s'est bien passé, une nouvelle journée commence
LA S.A.S
Section Administrative Spécialisée
Ce Bordj tout blanc habritait la SAS