PEUR MOI JAMAIS
MONTEE DU COL
Le convoi s'étire sur des kilomètres, nous progressons lentement, sur une route en lacets.
Les véhicules sont à la limite de caler leur moteur, nous sommes dans la montée de ce col, si dangereux.
D'un côté la roche abrupte qui domine, de l'autre le ravin.
Il n'y a que les bruits de ces engins poussifs, et pour la nature, c'est le silence le plus total, pas un souffle de vent, pas un cri d'oiseau, que du soleil implacable.
Que le silence et la certitude que des yeux nous regardent, dissimulés derrière des rochers.
Je surveillais les hauteurs, mon arme approvisionnée, pointée vers un éventuel agresseur, le doigt sur la détente.
Mais la peur au ventre, la poitrine serrée, la sueur qui ruisselle, la tête pleine de visions d'horreur.
Panique incontrôlable en pensant au sort qui pouvait m'être réservé, comme celui de la dernière patrouille.
Les corps avaient été retrouvés, égorgés, le crâne éclaté à coups de pioche, émasculés et le sexe enfoncé dans la bouche.
C'est ça aussi la peur, de ce qui peut arriver.
Le dernier blindé qui fermait le convoi, tourelle pivotante, mitrailleuse orientée, vient de franchir, la dernière montée.
Nous sommes passés, il ne s'est rien produit.
La peur lâche sa prise.
La sueur se sèche.
Les mains ne sont plus moites.
Les jambes ne tremblent plus.
La tête se vide, et l'on pense à autre chose, au pays par exemple, où il fait bon vivre, et où des êtres qui nous aiment nous attendent.
Les conversations reprennent, les bravaches se déchaînent en plaisanteries obscènes.
PEUR ?????????????
Moi, non, jamais.
Pas besoin de voir des films, superbement expliqués, pour comprendre ce qui se passait dans la tête de ceux qui recevaient, l'ordre < en avant >.
Que ce soit dans les tranchées, sur les plages de débarquement, dans les rizières, la jungle ou les djebels.
Alors ne me faites pas rire, avec de belles envolées lyriques.
La peur n'est pas que pour les couards.
Tout le monde la connaît un jour.
Et a du la subir.
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ATTAQUE DE NUIT
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. HAMAR
C'est tout à fait normal que l'on aime son pays natal, mais pour moi c'est un autre sentiment puisque j'en suis étranger.
Quand on arrive dans un pays que l'on ne connaît pas, on découvre:
un environnement différent
Des coutumes différentes et des gens que l'on considère comme hostiles ( cause de guerre d'indépendance >
puisqu'ils sont impliqués ( partisans ou non )
( volontaires ou obligés )
risquant leur vie de toutes façons quoi qu'ils fassent
Ils sont otages d'un côté comme de l'autre
< si tu ne parles pas > tu risques de mourir
< si tu parles > ce sont tes frères qui te tueront >
Alors quand on comprend ça, on est à plaindre ce peuple qui souffre
Et on comprend mieux les choses
On s'adapte aux circonstances
On vit au milieu des gens
On s'arrange pour que la vie ne soit pas trop difficile en participant dans la mesure de ses possibilités
On se fait des amis ( Hamar ) qui m'offrait le café le matin à la garde
Il demandait si on n'avait pas du linge à laver
Dans ces cas là, c'était sa mère et ses soeurs qui le faisaient
On le payait en boite de conserves, sardines et autres.
Alors Amar était-il < un traître à son pays ? >
Non pas du tout
Car les boites de conserves, ce n'était pas pour lui, elles partaient dans des musettes aux maquis.
Comme les cachets qu'il me demandait parce qu'il avait mal à la tête
< mais il avait souvent mal à la tête >
Alors je suis retourné chercher un verre d'eau et un cachet et j'ai dit
tiens Hamar bois ça va te faire du bien.
Il a saisi que j'avais compris.
Alors était-il un traître vis à vis de moi ?
Non, car il n'avait pas d'autre solution que d'obéir aux ordres pour la sécurité de sa famille et de sa propre sécurité.
On vit alors dans ce village et avec ses habitants
La galette au miel que l'on mange tous les matins 0.10 centimes de francs de l'époque
Le cawa bu au café maure 0.10 centimes également
Un paquet de cigarettes tunisiennes valait 70 cm pour vous donner une idée
Les oeufs frites que l'on allait manger ( cause un peu saturé de manger du mouton )
Et donc la vie dans le village continuait
Avec < les séries de piqûres que l'on allait faire dans les mechtas >
Les soins que l'on donnait
< trois femmes qui étaient brûlées à cause d'une explosion d'un réchaud à alcool .
Que nous allions chercher avec l'ambulance
Car il n'était pas question qu'elles traversent le village < la coutume l'interdisait >
Ensuite les promenades dans le village, dans le bois
Les courses avec les tortues d'eau au bord de l'oued
Le match de football entre les jeunes du village et les militaires.
Voilà comment on arrive à aimer un village où l'on y vit pendant un an, et les gens qui y habitent
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